FR | EN

Serge Kampf

Un fondateur
visionnaire ou
la soif de liberté

Bâtisseur d’un groupe devenu un leader mondial de son secteur, Serge Kampf n’était pas seulement un entrepreneur audacieux et visionnaire. Il avait l’éthique chevillée au corps et croyait en la force des valeurs. Des valeurs qui faisaient écho à son autre passion : le rugby.
« J’AI HÉSITÉ ENTRE TROIS
MÉTIERS :
CONDUCTEUR DE TRAMWAY,
PILOTE DE CHASSE ET JOURNALISTE »

Il fut finalement entrepreneur. En quelques décennies, Serge Kampf transforme une jeune pousse de 6 personnes créée dans un deux-pièces à Grenoble (France) en un champion mondial.

À bien des égards, Serge Kampf est une exception parmi les dirigeants des grandes sociétés de services informatiques. S'il n'est pas diplômé des grandes écoles françaises comme la plupart de ses homologues, il se révèle être un authentique bâtisseur et un entrepreneur hors pair animé par une exigence constante de performance. Organisateur dans l’âme, gestionnaire rigoureux, il avait compris, avant d’autres et mieux que d’autres sans doute, que la technologie n’est rien sans les hommes qui la mettent en œuvre. Pendant près de 50 ans, il s’employa avec obstination, et sans se laisser distraire par les modes du moment, à développer cette idée pionnière. Amoureux des mots, il avait un rapport intime à l’écrit et mit un point d’honneur à rédiger de sa main la « Lettre du président » ouvrant chaque rapport annuel du Groupe. Conscient de l’importance de la marque, il dessina lui-même en 1967 le logo de Capgemini, le fameux As de Pique dans lequel tous les collaborateurs du Groupe se reconnaissent encore aujourd’hui.

Tout commence à Grenoble

C’est à Grenoble en 1934 que naît Serge Kampf, fils unique d’un militaire de carrière qui sera tué en Alsace en 1945. Son père, qu’il n’a guère eu le temps de connaître, avait un temps dirigé avec succès un commerce de proximité. Hérite-t-il de son goût de l’entreprise, de sa passion du client et de son sens prononcé du détail ? Toujours est-il que ces trois qualités allaient marquer profondément l’histoire de Capgemini. De ses années d’internat, où sa mère est contrainte de le laisser souvent les week-ends, il hérite également d’une habitude tenace et redoutable : celle de travailler les samedis et dimanches.

Son métier dans l’administration des Télécoms l’ennuie… C’est alors qu’on lui parle d’un secteur tout nouveau, en plein essor et qui recrute à tour de bras : l’informatique.

À la croisée des chemins

Au milieu des années 1950, après avoir obtenu son baccalauréat et après quelques mois d’insouciance, Serge Kampf passe avec succès le concours d’entrée de l’administration des Télécoms. Il suivra en parallèle une double licence de Droit et de Sciences Économiques. Il tire de ce cursus trois enseignements majeurs : la rigueur avec le Droit, l’ouverture sur le monde avec les Sciences Économiques, le rôle de la technique avec les Télécoms. La leçon ne sera pas oubliée…

Le voilà désormais Inspecteur des Télécoms, affecté à un central téléphonique souterrain, surveillant les communications longue distance entre la France et l’Afrique du Nord. Rapidement, sa mission l’ennuie… C’est alors qu’une de ses relations lui parle d’un métier récent, un secteur tout nouveau, en plein essor et qui recrute à tour de bras : l’informatique. Visionnaire et pas dénué d’ambition, Serge Kampf pose sa candidature chez les deux principaux constructeurs informatiques de l’époque, le français Bull et l’américain IBM. L’un et l’autre souhaitent le recruter. Il choisit Bull, qui a pu lui promettre un poste dans sa ville natale. Nous sommes à l’été 1960 et Serge Kampf n’a, pour ainsi dire, jamais vu un ordinateur de sa vie.

Il restera six ans chez Bull, comme ingénieur commercial d’abord, comme chef d’agence ensuite puis comme responsable régional. Il se familiarise ainsi avec les métiers de l’informatique et s’impose rapidement comme le meilleur vendeur de toute l’entreprise. Il démissionne en 1967. À 33 ans, il est révolté par les « errements », comme il les appelait, de sa direction générale : celle-ci avait retiré du catalogue les lignes de matériel qu’il venait de vendre à des clients. Serge Kampf est alors à la croisée des chemins.

«
J’ai créé mon entreprise pour être libre.
»serge kampf

Sogeti voit le jour

« J’ai créé mon entreprise pour être libre et pour ne plus avoir de patron », avait-il coutume de dire. Telle est bien en effet la raison qui le pousse à créer, le 1er octobre 1967, une société de services informatiques baptisée Sogeti. L’entreprise n’est pas la première à se lancer sur ce marché : de nombreux concurrents existent déjà, certains d’une taille déjà conséquente. Et pourtant… De la « petite » Sogeti qui deviendra le groupe Capgemini, Serge Kampf va faire la première société de services informatiques (SSII) française, puis la première européenne avant de l’imposer comme l’un des leaders mondiaux de son industrie.

Les principaux dirigeants de Sogeti : José Bourboulon, Robert Thoral, Serge Kampf et Jean-Baptiste Renondin lors d'un séminaire en Corse (1972).

« Napoléon Kampf »

La vision novatrice de Serge Kampf, sa faculté à anticiper les attentes du marché et la précocité de ses ambitions mondiales sont pour beaucoup dans ce succès. Mais il ne faut pas pour autant oublier ses capacités de meneur et de fédérateur, capable d’entraîner les hommes et les femmes et de les mobiliser autour de grandes valeurs communes. « Napoléon Kampf », « Charlemagne Kampf », autant de surnoms que la presse anglo-saxonne donne à Serge Kampf, cet entrepreneur atypique réputé pour son sens de la stratégie, sa rapidité d’exécution, son charisme et sa discrétion. Partageant son temps entre Grenoble et Paris, il est un homme secret, un provincial disent même certains, qui ne goûte guère les mondanités et ne fréquente que quelques rares cercles patronaux.

La relève

Serge Kampf va se consacrer pleinement à l’entreprise qu’il a créée, jusqu’en 2012, date à laquelle il annonce son départ de la présidence de Capgemini. Il propose au Conseil d’Administration que Paul Hermelin, qui a rejoint le Groupe en 1993 et qui est depuis 2002 Directeur général, lui succède comme Président-directeur général. Serge Kampf reste étroitement impliqué dans la vie et la stratégie du Groupe, comme Vice-Président du Conseil d'Administration, jusqu’à sa disparition à l’âge de 81 ans à Grenoble, là où tout avait commencé 49 ans plus tôt.

La vision
& l'audace

« Quand j’ai créé Sogeti en octobre 1967, il ne s’est pas trouvé dix personnes pour m’encourager : il s’en est trouvé cent, au contraire, pour me dissuader. C’est trop tard, les places sont déjà prises… », racontait Serge Kampf. De fait, lorsqu’il lance Sogeti, les concurrents sont déjà nombreux.

Au métier des services informatiques, Serge Kampf apporte quelque chose de nouveau : un esprit d’entreprise peu répandu, l’envie de bâtir, de grandir, de devenir un champion. Il apporte aussi des idées pionnières qui allaient façonner l’histoire de Capgemini et en faire un leader mondial.

« À défaut d’être un informaticien de génie, c’est un visionnaire », écrivait dès 1977 Gabriel Farkas, rédacteur en chef de France Soir, soulignant ce qui constitue la véritable originalité de l’entrepreneur : une vista à toute épreuve. Au début des années 1970, il est ainsi le premier à marier l’informatique et le conseil en organisation, « deux activités réputées inconciliables et que nous trouvions au contraire très complémentaires», plaidait-il. Il est aussi le premier en Europe à se lancer dans l’outsourcing, un métier qui devait s'imposer plus tard pour tous les concurrents.

La culture du client

Proposer aux entreprises toute la gamme des services informatiques pour répondre à la diversité de leurs besoins: telle est la stratégie, alors anticonformiste, voulue par Serge Kampf. Le client y tient une place centrale. « Nous avons depuis toujours placé le client au cœur de notre action. Notre principe fondamental : prendre le temps de l’écoute », disait ainsi Serge Kampf. Grâce à une organisation très décentralisée, unique dans le secteur, le Groupe réussit à entretenir des liens de proximité avec ses clients. Dans un univers d’ingénieurs où le projet est roi, la méthode change la donne.

De l’audace, encore de l’audace…

Serge Kampf bâtit le groupe Capgemini grâce à un subtil équilibre entre audace et raison. Il choisit d'ailleurs l’audace comme l ’une des valeurs cardinales du Groupe. Il la définissait comme « l’envie de prendre des risques et de s’engager, la remise en cause périodique des orientations prises et des situations acquises mais qui doit se doubler d’une certaine prudence et d’une grande lucidité. »

L’entrepreneur ne cessa jamais de se montrer audacieux. Audacieux, il l’est en 1973 lorsqu’il réalise la première OPA du secteur en France. Il l’est encore quand il remet régulièrement à plat l’organisation du Groupe afin de l’adapter à son environnement. Il l’est aussi lorsqu’il multiplie les acquisitions en Europe et aux États-Unis, où la fusion avec Ernst & Young Consulting lui permet de doubler de taille. Audacieux, il l'est enfin avec l'implantation du Groupe en Inde et au Brésil. C’est cette audace qui permet à Serge Kampf de faire de Capgemini ce qu’il est aujourd’hui : un leader mondial présent dans une quarantaine de pays et regroupant en son sein plus d'une centaine de nationalités différentes.

« Serge avait compris avant les autres que la prise en compte des besoins du client était plus importante que la technologie. »

HENRI STURTZ
ANCIEN DIRECTEUR GÉNÉRAL ADJOINT DE CAPGEMINI

«Serge a su, par-dessus tout, choisir, motiver ses équipes, ses hommes-clés, ses managers jusque dans la plus modeste agence.»

PIERRE AUDOIN
ANCIEN PDG DU CABINET DE CONSEIL INFORMATIQUE PAC

L’ÉTHIQUE
& LES VALEURS

Serge Kampf avait créé son entreprise pour être libre. Il fit tout pour en préserver l’indépendance. Indépendance vis-à-vis du pouvoir politique, mais aussi vis-à-vis du pouvoir financier et du pouvoir industriel, notamment celui des constructeurs d’ordinateurs. À ses yeux « condition nécessaire de l’exercice du métier de conseil », l’indépendance est l’une des valeurs fondamentales du Groupe, « certains disent même une obsession », ajoutait-il volontiers.

Une fois seulement dans son histoire, et pour de bonnes raisons alors, Capgemini prit le risque de sacrifier son indépendance financière : en 1991, Daimler-Benz fit son entrée dans le capital du Groupe. Mais la greffe ne prit pas et les deux partenaires se séparèrent en 1997. Capgemini était décidément trop attaché à la liberté, l'une des valeurs fondatrices du Groupe.

Les 7 valeurs ou l'âme de Capgemini

Serge Kampf transmet son éthique à son entreprise et la formalise définitivement autour de 7 valeurs : l’Honnêteté (l’intégrité et le refus de toute pratique déloyale), l’Audace (l’envie de prendre des risques mais avec prudence et lucidité), la Confiance (la volonté de responsabiliser les collaborateurs), la Liberté (l’indépendance d’esprit et le respect de l'autre), la Solidarité (l’esprit d’équipe, l’amitié et la fidélité), la Simplicité (la discrétion, la modestie, le bon sens) et le Plaisir (celui de travailler et d’aller au bout d’un projet ensemble). Elles sont l'âme de Capgemini. Depuis 50 ans, elles définissent des façons d’être, de travailler et de se conduire pour tous les collaborateurs. Serge Kampf veillait à leur respect de façon scrupuleuse. Ces valeurs n’ont jamais cessé d’irriguer, d’inspirer et de conduire le Groupe. « Ce sont les valeurs qui conservent son sens à l’aventure commune quand la difficulté des temps remet tout en question », soulignait-il. Capgemini est aujourd’hui mondialement reconnu pour son exemplarité. En 2016 et pour la cinquième année consécutive, l'entreprise a obtenu le label américain One of the World’s Most Ethical Companies.

Serge Kampf n’oubliait pas l’importance de l’humain. Les hommes et les femmes de Capgemini étaient, selon lui, la première richesse du Groupe. Sa plus grande fierté fut, comme il le disait, d’avoir su « incorporer des gens de cultures très différentes, de les avoir respectés, ralliés à nos valeurs et à nos projets. » De cette importance qu’il accordait à l’homme témoigne encore la décision qu’il prit dès 1991 de créer l’Université Capgemini puis de la doter d’un véritable campus, ouvert aux Fontaines, à Chantilly (France) en 2003. Plus qu’un carrefour de compétences, elle était pour lui le creuset d’une culture et de valeurs partagées.

« Serge était visionnaire et audacieux mais n’a jamais transigé avec ses valeurs. C’est ce qui faisait de lui une personne si particulière, un leader unique. »

PHIL LASKAWY
ADMINISTRATEUR DE CAPGEMINI DEPUIS 2002 ET PDG D'ERNST & YOUNG DE 1994 À 2001

«Serge était un leader, un entraîneur, un entrepreneur. Il n'avait pas toujours bon caractère mais il était un formidable ami, généreux et soucieux de l'autre. »

HENRI LACHMANN
ANCIEN PRÉSIDENT DE SCHNEIDER ELECTRIC

« L’un des ingrédients du succès du Groupe était l’implication de Serge Kampf. Il apportait son énergie vitale, sa capacité d’écouter et de convaincre.* »

VALÉRY GISCARD D’ESTAING
PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE DE 1974 À 1981



* SOURCE : PRÉFACE DE LA SAGA CAP GEMINI DE TRISTAN GASTON-BRETON (ED. POINT DE MIRE)

L'amour du
rugby

Le siège de Capgemini à Paris habillé à l’occasion de la Coupe du Monde de rugby 2007 dont le Groupe était le sponsor.

Serge Kampf aimait le rugby qu’il avait brièvement pratiqué pendant sa jeunesse. Il marqua ce sport par sa générosité et lui donna beaucoup de temps et d’amitié.

Jeune directeur régional chez Bull au début des années 60, il obtint de sa direction, au forceps, le droit de convier ses meilleurs clients aux grands tournois. Par ailleurs, il invitait régulièrement, à ses frais, ses amis proches pour suivre de grands matches au bout du monde.

Au cœur de cette passion pour le ballon ovale, on trouve une fois de plus les valeurs. Serge Kampf aimait rappeler combien celles du sport sont proches de celles qui guident Capgemini depuis 1967. Et ce pour deux raisons au moins. La première était que le rugby, à ses yeux, est un sport collectif, un sport où la solidarité est une obligation, un sport, comme il le soulignait, « où l'on ne peut rien sans les autres, où celui qui marque un essai ne se prend pas pour le roi du monde parce qu’il sait très bien que cet essai est l’aboutissement d’un travail collectif, d’une envie partagée, d’une stratégie à laquelle chacun adhère. » L'autre raison qui lui tenait à cœur est que le rugby, pour lui, est un sport de combat. « Parmi les valeurs que je prétends nécessaires au succès de l’entreprise, il y a cet esprit de combat, cette envie de se battre, de s’engager, de prendre des risques… et de gagner ! » rappelait-il.

Bienfaiteur des clubs français

Tout est dit : la solidarité, la complémentarité, l’équipe, la force du lien personnel, l’esprit de conquête et beaucoup d’audace, autant de valeurs de l’ovalie qui ont guidé l’histoire du Groupe. On retiendra également l’importance de la modestie aux yeux de Serge Kampf – qu’il doublait d’une grande pudeur – qui lui faisait participer à certains matches comme un simple supporter. On le vit également éprouver un peu de gêne lorsque le Biarritz Olympique donna son nom à l’une de ses tribunes, ou lorsque des amoureux du rugby venaient le remercier d’avoir contribué à sauver leur club.

«
Le rugby est un sport collectif où l'on ne peut rien sans les autres.
»serge kampf

Car Serge Kampf aida financièrement – à sa manière, discrète – de nombreux clubs français, à l’image de ceux de Biarritz, de Grenoble ou de Bourgoin. Il y gagna les surnoms de « bienfaiteur du Top 14 » et de « Grand Argentier du rugby ». Mécène des Barbarians Français, il ne cessa d’œuvrer à la réinsertion professionnelle des anciens joueurs dont certains firent un bout de chemin chez Capgemini. Entre le Groupe qu’il avait fondé et le rugby, des liens très forts se créèrent. Sponsor officiel de la Coupe du Monde organisée en France en 2007, Capgemini est ainsi partenaire du Biarritz Olympique depuis 1992. De son côté, Sogeti soutient le club de Grenoble depuis 2002.

« Pour nous, il était le seizième homme de l’équipe de France de rugby. Il était notre ami, tout simplement. »

SERGE BLANCO
ANCIEN INTERNATIONAL DE L’ÉQUIPE DE FRANCE DE RUGBY

«Le rugby était la troisième famille de Serge, après la sienne et Capgemini. Il en était le chef et veillait sur elle avec amour et bienveillance.»

JEAN-PIERRE RIVES
ANCIEN JOUEUR DE RUGBY

Fichier 1

Thanks to rotate your device.