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Au delà,
des temps
modernes

L'imprimante 3D à protéines : allons-nous tous manger des steaks imprimés ?

« Chérie, la cartouche de poulet est vide. On s’imprime un steak de bœuf à la place ? » Dans la cuisine de 2060, on hésite. Nos fours et frigidaires devront en effet faire de la place au nec plus ultra de l’électro-ménager du futur : l’imprimante 3D de gastronome. Finies la souffrance animale et la pollution des élevages de masses ? Stop à la déforestation et bienvenue à la viande créée ex nihilo ? Tendez votre assiette : vous allez avoir faim de côtelettes synthétiques.

Imprimer des steaks, des escalopes de veau voire des rognons ou des tripes pour les amoureux des abats ? Pourquoi pas, on imprime bien déjà des maisons en un temps record. Il suffirait de remplacer la cartouche d’encre ou de ciment par une de protéine de bœuf ou de dinde, cultivée en labo. C’est envisageable et c’est même un projet industriel.

Plus cher que la viande de Kobe, la viande de culture
Un steak « élevé » en laboratoire a déjà été servi, en août 2013, à deux goûteurs privilégiés lors d’un happening londonien retransmis sur internet. Visiblement, niveau goût, le « Frankenburger » a encore du chemin à parcourir, car les deux convives n’ont pas fini leur assiette à… 250 000 euros tout de même. Tout ça devant les yeux de Sergey Brin, le cofondateur de Google qui avait payé l’addition. Ingrats, certes, mais polis : les deux testeurs s’étaient levés de table en saluant la texture de la viande et son « grand potentiel culinaire ». C’est aussi l’avis de Mark Post, chercheur et concepteur de cette protéine made in labo, pour qui la production de viande de synthèse sera effective dans 15 à 20 ans. On en salive déjà.

Pour une bavette saignante, programme A. Pour des ris de veau, programme B…
Brooklyn, ville de New York : aucune bétaillère n’entre dans les locaux de Modern Meadow, start-up spécialisée en biotechnologie. Pourtant, il en sort du cuir, réalisé à partir de cellules souches animales. Et ce n’est pas tout. Une levée de fonds de 350 000 dollars a boosté les ambitions de l’entreprise qui se lance, c’est officiel, dans la mise au point d’une imprimante 3D capable de créer de la viande.

La recette de l’entrecôte du futur est simple : développez une pincée de cellules souches de vache, laissez-les gentiment se développer en cellules musculaires, multipliez-les, injectez-les dans des cartouches et « hop », dans l’imprimante. Il suffira ensuite de lancer la machine pour qu’elle assemble les cellules en un tissu organique et comestible. Et pour convaincre vos convives, n’oubliez pas d’activer l’option « jus de betterave » car la viande synthétique, sans hémoglobine, arbore une couleur grisâtre. Encore à l’état de projet, la technique semble prometteuse. Et son développement bénéficie d’un atout de poids : elle représente une vraie opportunité économique et écologique.

Un projet qui commence sur les chapeaux de roues
L’élevage dans le monde ? Une folie écologique, difficilement soutenable si tout le monde se met à la viande : des milliards de litres d’eau engloutis, des émissions massives de gaz à effet de serre, 70 % des terres agricoles occupées par les pâturages… Sans parler de la souffrance animale. Pourtant, la demande de viande explose. Selon la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture), elle devrait même doubler d’ici 2050. Pour nourrir les hommes sans étouffer un peu plus la planète, la viande synthétique représente donc une des meilleures alternatives, avec les insectes.

Reste à convaincre les consommateurs. Et à régler quelques épineuses questions éthiques. Cette viande non issue de l’élevage animal est-elle compatible avec une alimentation végétarienne ? Le steak imprimé est-il bio ? Et quid des interdits alimentaires : le porc synthétique est-il compatible avec l’islam ? Le bœuf de synthèse est-il acceptable pour les hindouistes ?

En d’autres termes, il va bien falloir donner un statut à cette viande non animale, à ce tissu du vivant qui ne l’a jamais vraiment été… Face à toutes ces problématiques, une chose est sûre : il faudra aussi penser aux imprimantes 3D à moutarde et à sauce ketchup.

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